Comment bien utiliser un tamis en orpaillage ?

En orpaillage, un des outils que l’on retrouve systématiquement dans notre sac, c’est un tamis. Le tamis est donc un matériel de base à avoir. Il est vrai que tous les kits proposent un tamis, et pour cause. Récupérer de l’or parmi des graviers consiste à concentrer les graviers bruts tant l’or est petit. Par ailleurs, il est assez rare, en France, de trouver de l’or sous forme de pépite de plus de 1 cm . Doit-on se servir d’un tamis en prospection pour trouver des rivières aurifères ou pour exploiter une zone ?

L’utilisation d’un tamis en orpaillage est l’essence même de la logique. Il permet d’éliminer les cailloux et graviers grossiers dont il est certain que ce n’est pas de l’or. Cela n’a l’air de rien, mais c’est un énorme gain de temps. Pourtant , vous en trouverez quelques-uns qui vous diront que tamiser est inutile. Pour ma part, je dirais que cette affirmation est aux ¾ fausse; En effet, il faut tamiser dans la plupart des cas, excepté dans un seul. C’est justement l’objet de cet article. Quand utiliser un tamis ?, quel maillage ?, et dans quelles conditions ?

Les généralités sur les tamis :

Un tamis est avant tout un crible qui, en fonction de son maillage, retient les matériaux d’une section supérieure au maillage du tamis, mais laisse passer les sections plus petites. En France, les paillettes sont inférieures à 5 mm. Cependant, il y a toujours le risque de tomber sur le spécimen de 6 mm (ou plus ….). Alors, l’orpailleur moyen se demande toujours :

« Il faut que je tamise, mais à combien ? Si je tamise trop fin , je risque de louper des choses que je ne verrai même pas passer. Si je tamise trop gros, je vais avoir encore plus de travail après au pan d’orpaillage, voire colmater ma rampe si je l’utilise. Alors, que faire ? ».

Il est vrai que le choix du maillage est cornélien.

Mais, je sais que vous êtes plus malin que ça ! Une partie de la réponse vous viendra après la prospection de la zone. L’occasion pour moi de vous parler du dernier ¼ de l’affirmation de l’introduction que vous venez de lire à l’instant.

Utilisation du tamis lors de la prospection :

Il y a 2 manières de tamiser. Ces 2 méthodes sont fonction de l’humidité des graviers que vous allez traiter.

  • Si les graviers sont parfaitement secs (ce qui est relativement rare), vous pouvez tamiser à sec, à condition de bien secouer le tamis pour que la moindre particule de sable soit récupérée.
  • Si les graviers sont à peine humides ou en présence d’eau, il va falloir tamiser obligatoirement avec de l’eau. L’humidité agglutine les sables sur la surface des cailloux et des roches. Si les sables s’accrochent à leur surface, les paillettes d’or aussi. La seule solution est de tamiser en arrosant, voire encore mieux, en immergeant le tamis sous l’eau.
utilisation du tamis de minelab

Le but de la prospection est de déterminer si un lieu donné est aurifère. Si c’est le cas, elle vous aidera à localiser quelle zone est la plus riche en or. Le déterminer est assez simple, et fait appel à une formule mathématique qui se présente ainsi :

 F(x) = Nombre de paillettes au fond du pan / Volume de graviers à trier.

Vu que dans notre cas, l’inconnue que l’on cherche est le nombre de paillettes, il faut à tout prix que le volume de graviers à tester soit identique d’un prélèvement à un autre. C’est pour garantir un volume de graviers constant entre chaque pan que je ne préconise pas l’utilisation du tamis en prospection. En fait, si vous tamisez une zone plus sableuse qu’une autre sur le même placier, vous ne pourrez jamais comparer vos échantillons sachant que le volume traité est différent.

Donc, le maillage est important.

NB : Il y a 2 choses à garder en tête :

  • Le plus important est de déterminer le ratio volume de graviers brut / nombre de paillettes. Qu’il soit le plus petit possible, ce qui traduit une bonne concentration d’or.
  • Si la recherche de ce ratio est bien effectuée, le travail lors de la phase d’exploitation sera plus efficace, et vous demandera moins d’effort pour espérer une bonne récolte.

En procédant ainsi, vous pourrez estimer le grammage (ou plutôt le milli-grammage) d’or/kilos de graviers (brut) de votre zone et le comparer à d’autres que vous avez/allez prospecter. Le montant de ce ratio vous permettra aussi de prendre la décision de rester dans la zone pour l’exploiter ou d’aller ailleurs.

NB : A noter qu’il est possible d’utiliser un tamis en prospection, à la seule condition que la quantité de graviers brute soit identique avant tamisage.

Utilisation du tamis en exploitation :

La stratégie est complètement différente en exploitation. La prospection permet de quantifier la concentration d’or dans une zone. L’exploitation est la récolte de l’or, à proprement parler. Sans une bonne prospection, l’exploitation sera une grosse perte de temps. Maintenant, l’objectif pour vous est de concentrer au maximum les graviers pour ne garder que le plus lourd. Tout ce que vous pourrez éliminer avec un tamis ne sera pas à éliminer avec un pan ou une rampe.

Selon vos moyens, vous pouvez exploiter de 2 manières : avec ou sans sluice box. Ce choix influencera le type de tamis, surtout sur son maillage.

La récolte sans sluice box (au pan) :

Selon la disposition des lieux, il n’est pas toujours possible d’utiliser une sluice box (manque de courant, hauteur d’eau trop importante, travail au milieu du cours d’eau). Si la zone en vaut vraiment le coup, le seul moyen pour vous sera d’utiliser le pan. Les kits d’orpaillage proposent tous des tamis à larges mailles compris entre 1 cm et 1.3cm.

tamis garrett a large maille

Ce genre de maillage est l’idéal pour le travail au pan. Certains préfèrent utiliser un maillage plus petit en se disant que plus le maillage est petit, plus ils pourront concentrer les graviers et donc trouver plus de paillettes par pan lavé. Mathématiquement c’est vrai , mais en terme de rentabilité, ces gens qui tiennent ce discours sont dans l’erreur. Lorsqu’on travaille au pan, il est très intéressant de garder au fond de son pan des graviers assez larges, car une fois le pan bien rempli de graviers tamisés, le lavage au pan est beaucoup plus efficace.

Les graviers plus gros permettent à l’or de bien se mélanger et atterrir au fond du pan. Ces graviers grossiers permettent aussi de briser plus facilement des argiles souvent remplies d’or. Les graviers de plus gros volumes jouent un rôle de mixeur et de mélangeurs dans votre casserole. De plus, lors du premier rinçage de votre pan, ces graviers grossiers se trouvent à la surface après avoir secoué votre pan; ils seront donc les premiers à être évacués.

La taille du tamis est donc très importante !

NB : lorsque vous secouez votre pan, cette action fait remonter les graviers les plus légers à la surface, alors que les plus lourds et denses s’enfoncent au fond. Lorsque vous rincez votre pan, ce sont les graviers situés à la surface qui s’évacuent en premier lieu. En renouvelant ces 2 actions, on arrive à concentrer petit à petit les graviers pour ne laisser que l’or.

Il faudra donc un maillage assez gros pour éliminer des gros cailloux avec le tamis, tout en conservant des graviers grossiers pour assurer un bon brassage dans le pan.

tamisage gravier aurifère

Pour tamiser au pan, il faut poser son tamis sur son pan, remplir des graviers bruts et immerger l’ensemble dans l’eau tout en secouant. Vider le tamis et remplir à nouveau jusqu’à ce que le pan soit rempli au 1/3.

La récolte avec une sluice box :

Ça y est, on rentre dans la partie la plus technique. Pourquoi faut-il tamiser avant de mettre les graviers dans la rampe et à quelle maille ?

Le maillage que vous allez utiliser dépendra de la taille des paillettes vues lors de votre prospection. Si vous avez des chances de trouver des grains ou de grosses paillettes, utilisez du 0.8 cm. Si les paillettes sont plus petites, utilisez du 0.6. Pour un sluice, on utilise entre du 0.6 et du 0.8 cm. Plus gros, les graviers risquent de se coincer dans la rampe. Trop petite, vous risquez de tamiser des choses intéressantes.

Depuis quelques années, nous pouvons voir sur des vidéos françaises YouTube des gens mettre du gravier sans tamisage directement dans leur rampe. À croire qu’ils n’ont rien compris au fonctionnement d’une rampe ! Mais le plus “rigolo” , c’est que lorsqu’on leur demande pourquoi ils ne tamisent pas, la réponse est la suivante : « car c’est une perte de temps ».

Horsmis en prospection, tamiser n’est jamais une perte de temps. En effet, on peut penser que tamiser n’apporte pas grand-chose, mais les gens qui croient cela ne voient pas le problème dans son ensemble. En réalité, on tamise pour 2 raisons.

  • Gagner du temps sur le cycle de chargement de sa rampe.
  • Éviter de dégrader le bon fonctionnement de sa rampe.

Dire que” tamiser est une perte de temps” est un mensonge

On va tout de suite casser un mythe, un argument commercial complètement erroné. Dire que le tamisage de graviers destinés à être nettoyés dans une rampe de lavage est une perte de temps est une énorme bêtise et un mensonge grossier. Ceux qui pensent cela n’ont jamais vérifié cette affirmation.

Ici, nous allons vous montrer les choses telles qu’on les voit dans l’industrie. C’est ce que l’on appelle le LEAN.

Pour comprendre facilement, faites l’expérience suivante : Prendre 2 seaux identiques. Remplir le premier seau de graviers bruts à traiter. Une fois fait, poser un tamis sur le 2ème seau et tamiser le contenu du premier seau en arrosant les graviers d’eau. Comparer la différence de volume. Selon la granulométrie des graviers bruts, vous pourrez remplir entre 3 et 6 seaux de graviers bruts dans un seau de graviers tamisé.

Comment bien utiliser un tamis en orpaillage ? 1
Ici, vous pouvez voir la quantité de graviers tamisés contenu dans un seau rempli à 100% de graviers brut.

Le cycle de chargement est constitué par le temps de l’ensemble des actions nécessaires pour faire un chargement entre le moment où on récupère les graviers bruts et le moment où on a fini de vider le seau dans la rampe. Lorsque l’on utilise un sluice, le calcul est vite fait: plus on passe de graviers dans la rampe, plus on récolte d’or. Dans ce cycle, les allers et retours sont des pertes de temps entre la zone à exploiter et la rampe.

Imaginez maintenant le temps et l’énergie que vous allez dépenser à multiplier les cycles en ne tamisant pas …. Vous allez faire 3 ou 4 cycles au minimum alors que vous n’en aurez fait qu’un seul en tamisant. OK, vous allez perdre 3 minutes à tamiser, mais vous les récupèrerez sur tous les cycles que vous allez vous économiser. Le seul cas où le temps de tamisage sera plus long que sans tamisage est lorsque votre lieu d’extraction est à moins d’un mètre de votre rampe. Et encore, vous y gagnerez en efficacité de fonctionnement pour votre rampe de lavage. Nous en parlons juste après.

Éviter de dégrader le bon fonctionnement de sa rampe.

Le tamisage est également nécessaire afin de garantir le bon fonctionnement de votre rampe de lavage. C’est là que se pose la question du maillage. Au-delà du fait que le tamis permet d’éliminer des graviers inutiles et de concentrer l’or, choisir le bon maillage se décide aussi en fonction de sa rampe. Ce qui peut vraiment être gênant, lors de l’alimentation en graviers d’une sluice box, c’est de voir des cailloux s’intercaler au beau milieu du canal, voir derrière un riffle. 

Un caillou déposé au milieu de la rampe modifie le chemin du courant. Un caillou coincé derrière un riffle modifie la forme du vortex et risque de faire éjecter l’or. Si un objet vient s’interposer aux pièges déjà existants, il dégradera le potentiel de la rampe à capter convenablement l’or avec de grosses pertes à la clé.

Pour cela, 2 facteurs vont jouer sur le choix de maillage. Hélas, il n’y a pas de bonne réponse préétablie. Il faut faire un test avec du gravier brut dans la rampe et voir comment les graviers évoluent. Il existe un maillage moyen passe partout qui est de 0.6 à 0.8 cm. Avec ça, vous devriez tomber à peu près bien à chaque fois.

Si vous voulez trouver le meilleur maillage, gardez en tête que plus vous aurez un courant fort dans la rampe, plus les riffles seront petits, et moins vous aurez besoin de tamiser fin.

La forme du tamis :

Lorsqu’on travaille au sluice, on utilise généralement un seau pour transporter les graviers à la rampe. Tamiser sur un seau n’est pas toujours chose facile, car les tamis classiques sont généralement plats. Comme vu plus haut, il est fortement recommandé de tamiser en présence d’eau, si possible en immersion. Avec un tamis plat, la seule façon de tamiser correctement est de secouer et arroser par-dessus en même temps, ce qui n’est pas du tout pratique. Heureusement, il existe des tamis profonds.

tamis keene pour sable fin

Ces tamis permettent de rentrer dans un seau rempli d’eau. En plus de travailler toujours en contact avec l’eau, ils permettent de tamiser un grand volume de graviers.

Quelques conseils sur les tamis :

  • Comme pratiquement tout le matériel d’orpaillage, un tamis peut aussi se fabriquer ou se détourner. C’est souvent un excellent moyen d’avoir un matériel adapté à moindre coût. Personnellement, j’utilise un panier de friteuse que l’on trouve dans n’importe quel magasin de cuisine ou grande surface pour 5 euros.
un back a fritteuse comme tamis d'orpaillage
  • Dans le même principe, vous pouvez sacrifier un seau pour le transformer en tamis. Quelques coups de perceuses et vous avez un tamis idéal pour faire du sluicing.
tamis fait maison avec 2 seaux à peinture
  • Si vous avez déjà un tamis à grosse maille et que vous voulez réduire la maille, vous pouvez très bien découper du métal déployé pour tapisser le fond de votre tamis.
  • Toujours jeter un coup d’œil sur les graviers au fond de votre tamis avant de les jeter.
Fond de tamis une fois tout nettoyé

Vous pourrez très bien y trouver des pièces de monnaies, des gemmes ou des pépites, qui sait !

Pour les as du bricolage.

L’orpaillage demande un minimum de matériel. Celui-ci peut aussi être fabriqué soi-même car le marché ne propose que du matériel générique et souvent mal adapté à sa pratique sur le terrain. Pensez toujours que tout peut se fabriquer, être plus efficace et souvent moins cher quand on le fait soi-même. Pour les tamis, c’est pareil. Voici un exemple de fabrication d’un tamis très efficace qui permet de vous soulager le dos.

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