Comment l’or se forme-t-il et parvient-il à la surface de la Terre ?
La formation de l’or et sa présence dans la croûte terrestre résultent de phénomènes physiques et chimiques extrêmes. Si ce métal jaune prend naissance au cœur d’événements cosmiques, sa remontée depuis les profondeurs de la planète repose sur des mécanismes géologiques précis. Une étude scientifique internationale, menée par des chercheurs du CNRS et de l’Université du Michigan (incluant le professeur Adam Simon et Gleb Pokrovski) et publiée dans la revue PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences), a mis en lumière le rôle d’un complexe chimique : l’ion radical trisulfure (S3-). Ce vecteur géochimique explique comment l’or migre du manteau terrestre vers la surface pour former les gisements exploités aujourd’hui.
L’origine primordiale : de la nucléosynthèse stellaire au manteau terrestre
Pour comprendre la provenance de l’or sur Terre, il faut remonter à la création de l’élément lui-même. L’or ne se fabrique pas naturellement dans les roches terrestres. Il est le produit d’événements astrophysiques d’une violence extrême, tels que la collision d’étoiles à neutrons (kilonovae) ou les explosions de supernovas. C’est durant ces réactions de nucléosynthèse stellaire que les atomes d’or se synthétisent par capture rapide de neutrons.
Lors de la formation de la Terre il y a 4,5 milliards d’années, l’or présent s’est majoritairement enfoncé vers le noyau terrestre en raison de sa forte densité. L’or accessible aujourd’hui dans la croûte provient principalement du Grand Bombardement Tardif, une période où des météorites ont apporté ce métal sur le manteau supérieur. La question géologique réside donc dans la capacité des magmas à faire remonter cet élément dispersé vers la surface.
Le voyage géologique : comment l’or monte du manteau vers la croûte
L’origine géologique de l’or exploitable se situe dans le manteau terrestre, à des profondeurs comprises entre 48 et 80 kilomètres sous la surface. Le transport de cet élément à travers la lithosphère nécessite des conditions de pression et de température très spécifiques, capables de solubiliser le métal dans des phases liquides mobiles.

Le rôle du complexe or-trisulfure (S3-) et des zones de subduction
Les zones de subduction, où une plaque océanique s’enfonce sous une plaque continentale (comme le long de la Ceinture de feu du Pacifique), constituent les moteurs principaux de ce transfert. Dans ces régions tectoniques, l’eau libérée par la plaque en enfouissement s’infiltre dans le manteau chaud, provoquant sa fusion partielle.
Cette interaction génère la formation de l’ion radical trisulfure (S3-). Ce composé chimique se lie très fortement aux ions aurifères, créant un complexe or-trisulfure extrêmement stable. C’est cette association qui permet à l’or de se dissoudre massivement dans les fluides magmatiques au lieu de rester piégé dans les roches profondes.
Trois conditions géochimiques sont requises pour réussir cette extraction profonde :
- Une pression lithostatique élevée : Régnant dans le manteau supérieur pour maintenir le fluide sous forme supercritique.
- Un apport continu en soufre et en eau : Fourni par la déshydratation de la croûte océanique plongeante.
- La stabilité de l’ion S3- : Qui agit comme un véhicule chimique transportant l’or à travers la roche magmatique.
Des magmas profonds aux fluides hydrothermaux
Lorsque le magma enrichi remonte vers les zones superficielles de la croûte terrestre, la baisse de température et la décompression provoquent la déstabilisation du complexe or-trisulfure. Les fluides magmatiques se séparent alors en phases gazeuses et en fluides hydrothermaux très chauds et salés. Ce sont ces solutions hydrothermales gorgées d’or qui s’infiltrent dans les failles de la roche hôte.
De la roche à la rivière : la formation des gisements et des placers en surface
Au fur et à mesure que les fluides hydrothermaux se refroidissent au contact de la surface, l’or ne peut plus rester dissous. Il se dépose brutalement, cristallisant aux côtés du quartz pour former des filons aurifères rocheux. C’est la naissance des gisements primaires.
Une fois les filons exposés à l’atmosphère, le cycle de l’érosion prend le relais pour shaping les gisements secondaires :
- Les gisements primaires (or filonien) : L’or est emprisonné directement dans la roche dure (veines de quartz, sulfures, pyrite) et nécessite une extraction minière mécanique.
- Les gisements secondaires (placers alluvionnaires) : L’action de l’eau, de la pluie et du gel désagrège la roche. Les grains et pépites d’or, extrêmement denses, sont charriés par les cours d’eau puis se déposent dans les zones de faible courant. C’est cet or alluvionnaire qui fait l’objet de la recherche par orpaillage dans les rivières.

Applications pour la géologie minière et la recherche aurifère
La validation expérimentale du modèle thermodynamique basé sur l’ion trisulfure marque un progrès scientifique majeur. En reproduisant les conditions de température et de pression du manteau en laboratoire, l’équipe du professeur Adam Simon offre une explication claire sur la concentration asymétrique de l’or à travers le globe.
Cette compréhension fine de la solubilité de l’or permet aux géologues de cibler plus efficacement les zones de prospective minière. Au lieu de sonder des territoires au hasard, les entreprises orientent leurs travaux sur les anciennes et actuelles zones de subduction présentant des signatures géochimiques fortes en soufre.
Cette étude s’appuie sur les données géologiques officielles du réseau USGS (United States Geological Survey) ainsi que sur les travaux publiés par la revue PNAS.
En résumé, l’arrivée de l’or à la surface de la Terre nécessite une chaîne d’événements thermiques, tectoniques et chimiques continuels. Du cœur des étoiles aux placers des rivières, chaque grain d’or raconte une histoire géologique de plusieurs milliards d’années.
