Faut-il tamiser avant de remplir sa rampe d’orpaillage ?

Voilà une question dont nous nous devons d’apporter une réponse constructive. Depuis ces dernières années, nous entendons dire que tamiser ses graviers aurifères avant de les mettre dans sa rampe d’orpaillage est une perte de temps. Il est vrai que tamiser n’est pas vraiment gratifiant et, en effet, on peut penser que le tamisage est inutile. Pourtant, le tamisage est une étape indispensable pour, justement, gagner du temps. Vous ne nous croyez pas ? Nous allons vous le démontrer.

C’est un sujet que nous avons partiellement abordé dans l’article “Comment bien utiliser un tamis ?”. Ici, nous allons nous attarder sur la question du tamisage pour une rampe.

D’où vient cette idée de “l’inutilité du tamisage” pour sa rampe d’orpaillage ?

Si on veut être honnête, on dira que tamiser est une plaie… C’est une étape assez fastidieuse et on a toujours l’impression que ça ne sert pas à grand-chose. Finalement, que ce soit du gravier brut (non-tamisé) ou du sable plus fin (tamisé), ça passera dans la rampe et l’or se déposera. Je le sais, je me suis dit la même chose à mes débuts.

Vous n’allez pas le nier, … vous adorez mettre des graviers dans votre rampe, c’est normal. Quand on est orpailleur, on adore voir couler de l’eau dans un canal et déposer de sable aurifère. On est inexorablement lié et attiré par ce moment où on dépose ce sable dans sa rampe d’orpaillage, car c’est la dernière étape où l’on pourra entrevoir le fruit de nos efforts.

utiliser un tamis permet de gagner du temps en orpaillage

C’est peut-être aussi le problème. Je vais donc corriger tout de suite une idée reçue. Lorsque vous alimentez votre sluice box, vous n’êtes pas rentable. J’entends par là que, pendant que vous videz votre seau dans votre rampe, vous ne trouvez pas d’or et vous n’exploitez rien. Vous raffinez vos matériaux, mais c’est tout. Donc oui, en effet, le temps que vous passez au bord de votre rampe est une perte de temps aussi.



Et pourtant … je vous jure que vous ne considérez pas le sujet dans son ensemble. Je comprends que c’est dur de passer son temps à remplir son seau de sable fin; il se rempli petit à petit, il n’en finit jamais. En fait, si pour vous c’est un problème, pour moi, aujourd’hui c’est une sacrée solution.

Je me suis amusé une fois à calculer la quantité de graviers bruts que représentait un seau de graviers tamisés. Sachant que je tamise à 6 mm, 1 seau de graviers tamisés représente 4 seaux de brut. A ce stade, mon dos me dis merci ! Imaginez le nombre d’allers/retours que vous allez économiser ? OK vous en perdez en tamisant, mais en réalité, il n’y a pas que l’aspect logistique qui rentre en ligne de compte dans cette argumentation.

Oui, tamiser son gravier est très important !

Tamiser, pas tamiser. Qui croire ?

Si vous regardez et prenez le temps d’observer les choses, vous remarquerez que vous avez la réponse sous les yeux !

Tamiser, c’est moins d’allers/retours inutiles

Lorsque vous exploitez un placer de type banc de graviers, votre zone d’extraction se trouve généralement sur ce banc, hors de l’eau. Votre rampe de lavage, elle, se trouve dans l’eau au milieu du courant.

Comme nous en avons parlé un peu plus haut, tamiser permet de minimiser la quantité de graviers à traiter en faisant un premier tri. On utilise un tamis pour enlever les matériaux les plus grossiers qui ne sous intéressent pas. Ceci permet 2 choses :

  • Avoir des matériaux plus fins et
  • concentrer davantage la teneur en or du gravier ainsi traité.

En fonction de votre tamisage, vous pouvez diviser par 2, voire par 3, le volume de graviers à traiter. C’est autant de poids à transvaser du lieu d’extraction vers votre rampe, mais aussi du temps passé en moins sur votre rampe.

Finalement, le plus important, qu’est-ce que c’est ? Pour moi, c’est le volume de graviers que j’extrais, et non pas la quantité que je dépose dans ma rampe. Comme quoi, quand on y réfléchit, il vaut mieux passer du temps à creuser plutôt que de regarder les cailloux rouler sur sa rampe, vous ne croyez pas ?

utiliser un tamis permet de gagner du temps en orpaillage

Tamiser, c’est moins de temps passé à côté de votre rampe de lavage

Comme je l’expliquais juste avant, et aussi surprenant que cela puisse paraître, remplir sa rampe de graviers est une perte de temps. Comprenez par là que moins vous y passerez du temps, plus vous pourrez aller chercher de nouveaux graviers et donc de l’or. Pourtant, remplir sa rampe reste et restera une étape importante pour optimiser la récolte d’or.

Il faut faire en sorte que cette étape de tri dans votre rampe soit la plus efficace possible. Attention ! Je ne dis pas de larguer votre tas de sable comme une brute dans votre rampe. Il faut tout de même faire en sorte que l’alimentation du sluice soit progressive sans la bourrer et bloquer le flux d’eau qui y circule, comme nous l’expliquons dans cet article.

Tamiser est donc un excellent moyen d’optimiser le temps passé sur votre rampe avec du gravier qui sera en réalité du sable concentré en or. Vous y passerez probablement autant de temps qu’avec du gravier brut, mais vous vous assurerez que l’eau pourra transporter efficacement tout ce matériel.

De plus, ce tamisage vous fera gagner un temps considérable à côté de votre sluice car vous n’aurez plus besoin de vérifier si un caillou obstrue un piège. Il s’agit là du prochain point que nous allons aborder.

Tamiser, c’est moins de risque de perte d’or

S’il y a bien une chose qu’il faut éviter c’est perdre de l’or bêtement. Quoi de plus frustrant de se tuer à la tâche à chercher et creuser pour finalement en perdre la moitié…

Un moyen simple permet de limiter ce risque. Comment ? Vous l’avez deviné, en tamisant. La grande question est pourquoi ?

Les pièges d’une rampe ont pour but de concentrer l’or. J’utilise ce terme avec parcimonie, car une rampe ne capte pas l’or, ou tout au moins, elle ne fait pas que ça. Plus exactement, les pièges concentrent les matériaux lourds, et donc l’or.

Pour assurer une bonne concentration de l’or parmi les matériaux en présence, Il est nécessaire de conserver les capacités de la rampe et des pièges à bien brasser les graviers pour conserver les matériaux les plus lourds et laisser passer les plus légers, inintéressants pour nous. Plus on alimente le sluice de graviers, plus l’or se concentrera.

Ce phénomène de concentration fonctionne uniquement sur la densité des matériaux et la gravité. Plus on favorisera le brassage des sables dans le piège, plus la concentration de l’or sera efficace. Dans un piège déjà en activité depuis plusieurs minutes, la nouvelle paillette d’or qui vient d’être déposée en amont de la rampe doit pouvoir se déposer derrière, ensuite dans un piège, puis arriver à être parmi d’autres matériaux et atterrir au fond en étant protégée du flux.

graviers tamisé dans une rampe d'orpaillage

NB : je refais une piqure de rappel théorique et technique, car si on ne comprend pas comment fonctionne une rampe, on ne peut pas comprendre les bénéfices de cette bonne pratique du tamisage qui est, finalement, du bon sens.

Pour favoriser la migration de l’or au fond du piège, il faut donc vérifier 2 conditions :

  • S’assurer que les riffles soient bien actifs et que le brassage des matériaux dans les pièges soient effectifs (Il faut que les sables et graviers bougent et vibrent dans le piège).
  • S’assurer que des cailloux, plus massifs, n’obstruent pas les pièges pour ne pas modifier le profil de ces derniers, et donc l’efficacité des flux hydrauliques ; ils permettent de créer des zones de pressions basses favorisant la captation et la mise en vibration des matériaux.

Le second point se révèle être responsable des pertes d’or s’il n’est pas respecté.

Ne pas tamiser vous expose à voir des cailloux obstruer des pièges. Ceci aura pour effet de devoir les retirer à la main et de le faire indéfiniment. Hélas, lorsque un caillou bloque un riffle ou une spirale, le mal est déjà fait. Pourquoi ? Parce que le caillou qui se place dans un piège prend, non seulement la place des matériaux denses (et donc de l’or, donc perte de surface de captation) mais il modifie également les vortex, pouvant, soit les rendre inactifs, soit créer l’inverse de l’effet recherché, à savoir vider les zones environnantes du riffle.

Synthèse et avis sur cette question du tamisage avec l’utilisation d’un sluice

Cet article se présente comme un argumentaire. Quoi qu’on puisse vous dire, vous avez tout intérêt à tamiser un minimum pour les raisons ci-dessus.

Je vous invite vivement à pratiquer le sniping afin d’observer comment l’or et le sable noir se dépose sur le bedrock au fond de l’eau, puis observer de la même façon comment fonctionne votre rampe d’orpaillage. Quoi qu’il en soit, une rampe est une reproduction optimisée de ce qu’il se passe dans une rivière. Il est donc nécessaire d’observer ce qu’il se passe autour de vous.

Avez-vous déjà vidé une marmite ?. Si vous pratiquez l’orpaillage, c’est fort probable. Avez-vous déjà vu de gros galets dans une marmite ? Vous avez sans doute vu une marmite remplie, en surface, mais lorsque vous la videz , les galets sont absents. Il n’y a que du sable. C’est d’ailleurs ce sable qui rentre en rotation à l’intérieur de la marmite déjà formée et qui continue de la creuser.

C’est pour cela que l’on dit qu’une marmite est probablement le meilleur piège pour l’or. Les gradations par densité des matériaux se font plus facilement dans un espace quasi clos. Ce n’est que lorsque le contenu de la marmite stoppe sa rotation par manque de puissance de l’eau ou par colmatage que des dépôts grossiers s’y déposent.

Pour les failles et fissures, on peut observer le cas qui se présente sur une rampe à riffle lorsque l’on ne tamise pas. Les fissures ont la fâcheuse habitude de coincer les cailloux. Les micro-vibrations dues à la fissure scellent les cailloux à l’intérieur, les rendant assez difficiles à déloger (merci au créateur du crochet à faille). Et s’il y a un caillou coincé dans une faille, il y a moins de chances pour une paillette de rester piégée à cet endroit précis.

Je vous invite donc à ne pas vous en tenir aveuglement à cet article , mais plutôt à vérifier tout cela sur le terrain avec votre œil. Prenez le temps d’observer votre rampe et de comprendre comment elle fonctionne. Comparez vos observations avec ce qu’il se passe dans la nature. L’orpaillage est un loisir, une activité qui se base entièrement sur des principes physiques et scientifiques, ces mêmes principes que l’on observe dans le milieu naturel depuis des millénaires.

Testez, expérimentez, comparez et tirez-en vos propres conclusions.