Réserves d’or 2025 : le classement complet par pays
Les banques centrales multiplient les acquisitions massives d’or en 2025 pour sécuriser leurs économies face aux tensions géopolitiques croissantes et réduire leur dépendance historique au dollar américain. La Pologne, la Chine ou encore la Turquie renforcent considérablement leurs stocks, signalant une volonté de protéger la souveraineté de leurs monnaies nationales.
Comprendre la hiérarchie mondiale des détenteurs d’or permet de saisir les rapports de force économiques actuels et les stratégies de protection mises en place par les États face à l’inflation et aux incertitudes des marchés financiers.
Le top 20 des puissances mondiales aux plus grands stocks d’or

La hiérarchie des réserves nationales reste dominée par les puissances occidentales historiques, bien que les économies émergentes progressent rapidement. Les données du World Gold Council mises à jour en septembre 2025 confirment la prédominance des États-Unis et des grandes nations européennes.
Ces pays maintiennent une part importante de leurs réserves de change sous forme d’or physique pour garantir la stabilité financière à long terme. La Russie et la Chine s’imposent désormais comme des acteurs majeurs, talonnant les leaders européens grâce à des politiques d’achat agressives menées sur la dernière décennie.
Ce classement met en lumière les disparités entre les nations qui stockent l’or depuis des décennies et celles qui construisent leurs réserves aujourd’hui. L’Inde, le Japon et les Pays-Bas complètent ce tableau de tête, chacun avec des stratégies distinctes. Si certains privilégient la stabilité, d’autres utilisent ces actifs pour soutenir activement leur monnaie ou rassurer les investisseurs internationaux. Le tableau ci-dessous détaille les volumes exacts détenus par les dix premiers pays, illustrant les forces en présence.
| Rang | Pays | Tonnes d’or (Sept. 2025) | Tendance |
| 1 | États-Unis | 8 133,5 | Stable |
| 2 | Allemagne | 3 350,0 | Stable |
| 3 | Italie | 2 452,0 | Stable |
| 4 | France | 2 437,0 | Stable |
| 5 | Russie | 2 335,9 (Estimé) | Achat |
| 6 | Chine | 2 304,0 | Achat |
| 7 | Suisse | 1 040,0 | Stable |
| 8 | Inde | 880,0 | Achat |
| 9 | Japon | 846,0 | Stable |
| 10 | Turquie | 641,0 | Volatile |
| 11 | Pays-Bas | 612,0 | Stable |
| 12 | Pologne | 515,5 | Achat fort |
| 13 | Taïwan | 424,0 | Stable |
| 14 | Portugal | 383,0 | Stable |
| 15 | Ouzbékistan | 361,0 | Vente légère |
| 16 | Kazakhstan | 324,0 | Achat |
| 17 | Arabie Saoudite | 323,0 | Stable |
| 18 | Royaume-Uni | 310,0 | Stable |
| 19 | Liban | 287,0 | Stable |
| 20 | Espagne | 282,0 | Stable |
Les moteurs économiques des achats institutionnels
Les institutions monétaires ne spéculent pas. Elles cherchent avant tout la sécurité et la liquidité. L’or physique répond à plusieurs impératifs stratégiques qui justifient l’accélération des achats observée en 2024 et 2025. Contrairement aux devises fiduciaires, le métal jaune ne comporte aucun risque de contrepartie : il ne dépend de la solvabilité d’aucun État ni d’aucune banque.
Les motivations principales des gouverneurs de banques centrales incluent :
- La protection contre l’inflation : L’or conserve historiquement son pouvoir d’achat lorsque la monnaie perd de la valeur.
- La diversification des réserves : Réduire la part de dollars américains ou d’euros dans les bilans permet de limiter l’exposition aux risques politiques liés à ces zones monétaires.
- La liquidité en temps de crise : L’or s’échange sur tous les marchés du monde et peut servir de garantie pour obtenir des prêts d’urgence.
- Le rendement à long terme : La valorisation du métal sur le long terme compense souvent l’érosion monétaire, même sans verser d’intérêts.
La domination historique des États-Unis et de l’Europe

Les États-Unis conservent la première place mondiale avec une avance considérable sur tous les autres concurrents. Cette suprématie remonte aux grandes Ruées vers l’or du 19ᵉ siècle et s’est consolidée en 1933 avec l’Executive Order 6102.
Cette mesure du New Deal imposait aux citoyens américains de remettre leur or à la Réserve fédérale, gonflant mécaniquement les stocks publics. La majorité de ce stock repose aujourd’hui dans la base militaire de Fort Knox, ainsi qu’à Denver et West Point. Le dollar reste adossé à cette image de solidité, même si la convertibilité officielle a cessé depuis les années 1970.
L’Allemagne occupe la seconde position avec un stock reconstitué patiemment à partir des années 1950, durant le miracle économique d’après-guerre. La Bundesbank a longtemps stocké ses lingots à l’étranger, notamment à Londres, Paris et New York, par crainte d’une invasion soviétique durant la Guerre froide.
Un vaste programme de rapatriement initié en 2013 a permis de ramener plus de 674 tonnes dans les coffres de Francfort. Cette opération visait à rassurer l’opinion publique allemande et à garantir une disponibilité immédiate des actifs en cas de crise majeure de la zone euro.
L’Italie et la France se tiennent dans un mouchoir de poche pour les troisième et quatrième places. L’Italie, via la Banca d’Italia, n’a pas touché à ses réserves depuis la fin des années 1990, considérant cet actif comme le garant ultime de sa stabilité financière face à une dette publique élevée.
La France, quant à elle, dispose de réserves historiques, héritées en partie de l’époque où le Napoléon 20 francs (type Marianne Coq frappé après 1899) circulait couramment. Bien que l’État français ait vendu 589 tonnes entre 2004 et 2009 pour réduire son déficit, le stock actuel reste sanctuarisé à 27 mètres sous terre, dans la salle de la Souterraine à Paris.
La stratégie des BRICS pour réduire la dépendance au dollar
La Chine mène la charge parmi les pays émergents souhaitant s’affranchir de l’hégémonie américaine. La Banque populaire de Chine accumule le métal jaune de façon méthodique, achetant par exemple 44 tonnes supplémentaires en 2024.
Pékin cherche à internationaliser le yuan et à lui offrir une contrepartie tangible pour rassurer ses partenaires commerciaux. Pourtant, l’or ne représente encore qu’une faible fraction des immenses réserves de change chinoises, majoritairement constituées de dollars et d’euros, laissant une marge de progression importante pour de futurs achats.

La Russie suit une trajectoire similaire, accélérée par les sanctions occidentales et le conflit en Ukraine. Moscou considère ses réserves d’or comme un outil de souveraineté nationale, immunisé contre les gels d’avoirs bancaires internationaux.
En vingt ans, la Fédération de Russie a accumulé près de 2 000 tonnes supplémentaires. Le pays exploite ses propres mines pour alimenter directement les coffres de l’État sans passer par les marchés internationaux, rendant les chiffres officiels parfois difficiles à vérifier par le Conseil mondial de l’or.
Cependant, la véritable réserve indienne se trouve chez les ménages, qui possèdent des milliers de tonnes sous forme de bijoux et d’objets religieux. Le gouvernement tente de mobiliser cette épargne privée via des produits financiers pour réduire les importations coûteuses qui pèsent sur la balance commerciale du pays.
Cependant, le véritable trésor indien se trouve chez les ménages, qui possèdent des milliers de tonnes sous forme de bijoux et d’objets religieux. Le gouvernement tente de mobiliser cette épargne privée via des produits financiers pour réduire les importations coûteuses qui pèsent sur la balance commerciale du pays.
- Chine : Diversification massive des réserves.
- Russie : Protection contre les sanctions économiques.
- Inde : Sécurisation de la roupie et gestion de la demande intérieure.
- Brésil : Augmentation progressive pour stabiliser l’économie sud-américaine.
Les nations actives sur le marché face aux tensions géopolitiques
La Pologne s’impose comme l’acheteur le plus dynamique d’Europe centrale. Varsovie a acquis 130 tonnes sur la seule année 2023 et poursuit sur cette lancée en 2024 et 2025 avec 67 tonnes supplémentaires. La proximité de la guerre en Ukraine pousse la Banque nationale de Pologne à renforcer la crédibilité du zloty. L’objectif affiché est de porter la part de l’or à 20 % des réserves totales du pays. Cette stratégie de « bouclier financier » vise à dissuader les attaques spéculatives.
La Turquie adopte une gestion beaucoup plus active, voire volatile, de son stock. Le pays alterne entre des achats massifs et des ventes soudaines pour piloter le cours de sa monnaie et endiguer une inflation galopante.
En 2023, la banque centrale turque a vendu 159 tonnes avant de reprendre ses achats l’année suivante. Cette gestion en « flux tendu » est unique parmi les grandes banques centrales, qui privilégient généralement une détention à très long terme. En 2025, Ankara a de nouveau acheté 17 tonnes pour renforcer ses positions.
D’autres nations ajustent leurs portefeuilles pour naviguer dans cette période d’incertitude. Singapour, place forte financière asiatique, a accru ses avoirs de plus de 109 tonnes depuis 2021 pour se prémunir contre la dépréciation des devises fiduciaires.

Le Kazakhstan, grand producteur d’Asie centrale, maintient une part très élevée d’or dans ses réserves (plus de 60 %), utilisant sa production nationale comme un levier de stabilité économique face aux fluctuations des prix du pétrole et aux pressions de ses grands voisins russes et chinois.
Impact des réserves nationales sur l’épargnant
L’activité intense des banques centrales crée un « prix plancher » sur le marché. En absorbant une part significative de la production minière mondiale, ces institutions soutiennent les cours et envoient un signal de confiance aux investisseurs privés. Lorsque les États achètent, ils valident le statut de valeur refuge de l’or.
Cette dynamique rassure les particuliers qui détiennent de l’or physique, qu’il s’agisse de lingotins ou de pièces historiques. À titre d’exemple, la prime sur des monnaies comme le Napoléon 20 francs (notamment les frappes postérieures à 1875) tend à se stabiliser lorsque le marché global est soutenu par des achats étatiques massifs. La demande institutionnelle offre ainsi une visibilité à long terme pour la gestion de patrimoine individuel.
Le positionnement des institutions internationales et cas particuliers
Le Fonds monétaire international (FMI) joue un rôle central dans l’écosystème financier mondial et détient l’un des stocks les plus importants de la planète. Avec 2 814 tonnes, le FMI se placerait théoriquement en troisième position du classement mondial, juste derrière l’Allemagne.
Ces réserves proviennent des versements initiaux des pays membres lors de la création de l’institution, qui devaient régler 25 % de leur quote-part en or. Le FMI utilise rarement cet or, qui sert de garantie ultime pour ses capacités de prêt aux pays en difficulté financière.
La Banque Centrale Européenne (BCE) possède également ses propres réserves, distinctes de celles des pays membres de la zone euro. Avec 506,5 tonnes, elle dispose d’une force de frappe financière autonome pour intervenir sur les marchés si nécessaire.
Cependant, l’Eurosystème, qui regroupe la BCE et les banques nationales de la zone euro, cumule un stock total dépassant les 10 000 tonnes, faisant de la monnaie unique la devise la plus adossée à l’or physique au monde, devant le dollar américain.
À l’opposé de ces stratégies d’accumulation, le Canada fait figure d’exception notable au sein du G7. Le pays a liquidé l’intégralité de son stock d’or au fil des dernières décennies pour investir dans des actifs plus liquides et rémunérateurs, comme des obligations d’État étrangères.
Ottawa parie sur la solidité de son économie et ses ressources naturelles pour soutenir le dollar canadien, sans recourir à la valeur refuge traditionnelle. Le Canada continue pourtant de frapper des pièces d’investissement réputées, comme la Maple Leaf, mais uniquement à partir de sa production minière courante et non de réserves d’État.
Gestion, stockage et rapatriement des avoirs nationaux

La localisation des lingots constitue un enjeu stratégique majeur pour la souveraineté des États. Historiquement, la Banque d’Angleterre à Londres et la Réserve fédérale de New York (FED) servent de gardiens pour de nombreux pays.
Ces places financières offrent des infrastructures de sécurité inégalées et une liquidité immédiate sur le marché de l’or (LBMA). Cependant, la confiance s’érode et la tendance actuelle favorise le rapatriement des avoirs sur le sol national pour éliminer tout risque de confiscation ou de blocage politique.
Les Pays-Bas ont suivi l’exemple allemand en déplaçant une partie de leur stock. La Banque centrale néerlandaise a transféré ses lingots d’un coffre-fort civil à Haarlem vers un site militaire sécurisé à Zeist, tout en rapatriant une part significative de ce qui était stocké aux États-Unis. La France conserve l’intégralité de son stock sur son territoire, dans la Souterraine de la Banque de France. Cette salle blindée, située profondément sous le niveau de la rue, dispose de systèmes de protection sophistiqués et d’une autonomie totale en cas de conflit.
Le Royaume-Uni, bien que ne possédant que 310 tonnes en propre (18ᵉ rang mondial), joue un rôle de hub logistique. Les coffres de la Banque d’Angleterre abritent l’or de nombreuses nations, du Commonwealth aux pays émergents.
Cette concentration facilite les échanges internationaux, car la propriété de l’or peut changer de main sans que le métal ne bouge physiquement. Néanmoins, des pays comme le Venezuela ont récemment rencontré des difficultés pour récupérer leur or stocké à Londres, renforçant la volonté d’autres nations de contrôler physiquement leurs propres lingots.
