Réglementer l’orpaillage pour protéger la mulette perlière

L’orpaillage de loisir est une activité récréative passionnante. Suffit-il d’arriver au bord d’une rivière avec son matériel et de tamiser les graviers pour récupérer les paillettes et les pépites d’or qui s’y cachent ? Techniquement ce n’est pas si simple. C’est surtout au niveau de la réglementation que cela se corse.

Découvrons quelles sont les restrictions légales et surtout pourquoi elles sont en vigueur. Pour expliquer les raisons de cette règlementation, appuyons-nous sur l’exemple de la protection d’une moule d’eau douce en voie d’extinction.

Mulette perlière, Margaritifera margaritifera

La règlementation de l’orpaillage de loisir en tête de bassin versant

Les autorités par le biais des Préfectures sont régulièrement amenées à réguler et limiter les activités d’orpaillage de loisir dans les cours d’eau  sur tout ou partie de leur département, pour diverses raisons. Les principaux secteurs règlementés se situent en général :

  • A proximité des captages d’eau potable
  • Sur des secteurs à fort enjeu écologique, pour la biodiversité

La mulette perlière, son habitat, sa biologie

La mulette perlière, Margaritifera margaritifera est un mollusque bivalve menacé d’extinction, de par la raréfaction de son milieu de vie.



  • Embranchement : Mollusques
  • Classe : Bivalves
  • Ordre : Unionida (Nayade)
  • Famille : Margaritifera
Mulette perlière, Margaritifera margaritifera
Mulette perlière, Margaritifera margaritifera

Cette moule vivant en eau douce, a été mise en danger à cause de sa faculté à produire des perles (pas dans chaque individu) ce qui a réduit historiquement les populations par une pression de pêche excessive. Aujourd’hui c’est son habitat qui est menacé.

On la trouve très régulièrement dans les cours d’eau de Bretagne, en Ardèche et dans le Massif Central dont le Lot.

Ces moules d’eau douce sont des organismes qui se nourrissent en filtrant l’eau. Du coup, elles peuvent capter et fixer de grandes quantités de polluants durant leur vie. Elles ont un rôle primordial de nettoyage et d’épuration naturelle des milieux aquatiques. Cependant, ces polluants mettent inévitablement en péril les colonies entières.

La mulette a besoin de sable fin parcouru par un courant d’eau continu pour vivre. L’envasement des ruisseaux et rivières provoqué par le drainage excessif des terres agricoles, les recalibrages des années 80-90, les usages humains, mettent en péril les cours d’eau à faciès lotique (eau courante).

De plus, la mulette a besoin d’un animal particulier dans son cycle de reproduction : la truite fario. Les larves de la mulette se fixent à un certain moment de leur développement sur les branchies de ces poissons.

A partir de l’âge de 12 ans, la mulette arrive à maturité sexuelle. Après fécondation et éclosion des œufs, les larves partiront dans l’eau courante de la rivière.

Ces larves appelées « glochidies » ne pourront survivre que si elles se fixent sur les branchies d’une truite fario dans les 6 jours suivant leur éclosion. Elles se transforment en moule directement sur les branchies de la truite, puis se détachent pour retourner dans l’eau courante, car le kyste formé se rompt. 

Ensuite la moule s’enfouit dans le substrat sableux ou graveleux pendant 2 à 4 ans. Puis, le reste de sa vie, elle remonte et laisse dépasser 1/3 de sa coquille en restant verticale. Elle filtrera l’eau pour se nourrir pendant toute sa vie (jusqu’à 50 litres par jour et par individu).

Nécessité de réglementer l’orpaillage pour la protection des espèces

La mulette perlière étant très fragile, elle fait partie des espèces bio-indicatrices. Où elle se trouve, les rivières ne sont pas encore trop polluées. On la retrouve encore dans seulement 82 rivières françaises selon les derniers comptages, sur des rivières peu calcaires relativement peu profondes (50cm à 1m50) à fond sableux et à courant rapide. La pente de ces rivières n’excède jamais 5% car les crues y seraient trop puissantes et les mulettes seraient décrochées et mises en péril.

orpailleur qui utilise sa batée dans un bac d'entrainement à l'orpaillage

Cette moule perlière si fragile peut vivre jusqu’à 100 ans et mesurer jusqu’à 13 cm.

De par la dégradation de la qualité des eaux, l’absence de la truite fario dans les ruisseaux et rivières, la modification des milieux, la mulette perlière est donc de plus en plus menacée

Les essais de déplacement de populations de mulette perlières ayant échoué à chaque fois, il est indispensable de réhabiliter les milieux pour assurer leur conservation. Un exemple en vallée du Célé, dans le département du lot, non loin de Figeac.

La disparition progressive de la mulette sur la rivière Célé

Des années 1900 à 1950, des milliers de mulettes perlières étaient présentes sur le bassin du Célé, rivière lotoise traversant Figeac. Il n’y reste aujourd’hui que quelques centaines d’individus ainsi qu’une dizaine sur son affluent pourtant très sauvage, le Veyre. C’est une disparition de 95% à 100% des populations selon les secteurs.

Les causes de cette disparition progressive mais néanmoins massive sont connues :

  • Dégradation de la qualité des eaux : augmentation de l’utilisation de pesticides agricoles et usages domestiques depuis 1945.
  • Modifications du lit des rivières : portions recalibrées, drainages agricoles qui favorise le colmatage des radiers.
  • La coupe excessive de la ripisylve, végétation des berges, qui favorise les érosions dues aux crues ainsi que le réchauffement de l’eau.
  • La création de retenues collinaires et de barrages artificiels (réchauffement, envasement)
  • Le piétinement des troupeaux dans le lit mineur de la rivière.
  • La pêche des mulettes pour la collecte des perles est aujourd’hui méconnue et interdite mais c’est surtout sa pratique qui a mis l’espèce en fort déclin.

Protection nationale et européenne

La mulette perlière Margaritifera margaritifera est une espèce protégée en Europe au titre de la Directive Habitat de la Convention de Berne.

En France, l’arrêté du 7 Octobre 1992 interdit formellement sa capture sur tout le territoire.

Mesures de protection locale

Les associations et collectivités locales mettent en œuvre des mesures afin de protéger encore d’avantage les populations de mulettes perlières en danger sur le bassin versant du Célé :

  • La plantation adaptée et le maintien d’un bon état de la ripisylve par des techniciens et des équipes formées pour limiter l’érosion et le départ de matières en suspension dans l’eau.
  • Des abreuvoirs sont mis en place pour éviter tout piétinement des vaches dans le cours d’eau
  • Les techniciens rivière conseillent les usagers de la rivière quant au drainage et à l’utilisation de produits phytosanitaires à proximité des cours d’eau du bassin versant.

En ce qui concerne l’orpaillage de loisir, la Préfecture du Lot n’accorde l’autorisation que sur la rivière Lot (cours d’eau domanial de deuxième catégorie), bien en aval de ces secteurs.

Exemple d’abreuvoir aménagé, protégeant le lit mineur du piétinement bovin
Exemple d’abreuvoir aménagé, protégeant le lit mineur du piétinement bovin

L’orpaillage de loisir, bien que souvent très respectueux des milieux, car réalisé par des passionnés de nature et des écosystèmes, peut participer à provoquer des dommages sur ces milieux aquatiques si fragiles et si maltraités. Il est donc primordial de réglementer cette activité pour le bien commun. À quoi bon pratiquer un loisir si celui-ci est destructeur de son environnement ?

Les chercheurs d’or pourront s’adonner à leur passion sur les autres secteurs de ruisseaux et de rivières plus appropriés et autorisés à condition qu’il y ait une vraie étude d’impact de ce loisir sur le milieu naturel concerné. En effet, chaque localisation, chaque zone à sa spécificité et sa fragilité face aux actions humaines.